Cueillette d’escargots

Ce matin, un escargot s’est installé sur le mur.

Ça me revient.

L’averse tambourine les vitres. Le tonnerre gronde et le ciel s’habille de gris. Mon père nous crie : « les escargots vont sortir ! Allez dépêchez-vous ! » Je cours enfiler mon k-way bleu marine sur mon sous-pull acrylique à col roulé et chausser mes bottes en plastique jaune vif. Papa m’attend en tenue de chasse kaki sans son fusil mais équipé d’un vivier à poisson. Il me tend un bâton, une simple branche de châtaignier qu’il m’a adouci au canif. « En route ! »

La plaine au sol calcaire nous offre des bataillons entiers de petit gris partis à l’assaut de la pluie. Ils filent sur les chemins empierrés, escaladent les talus, redescendent les fossés, sortent des murets de pierres sèches ;  ils envahissent la campagne. Mon père m’explique un escargot entre ses doigts : « attention, tu ne prends que les gros comme ça et avec bord de la coquille bien dure. Tu vois ça fait comme un anneau ! » Je secoue la tête d’approbation. Très vite mes mains s’engluent de bave. Nous ratissons l’herbe grasse. Il compte : « Vingt… trente… quarante… » Le vivier se remplit de coquilles et de baves. Certains tendent leur cou et leurs cornes au travers des mailles.  Papa chante en patois sur un air de quadrille : « Quand te m’fais d’la sauce o lumas ! »

Nous avons un coin secret où les beaux spécimens se ramassent à poignées. Une pente érodée, un affleurement de calcaire. « Et un cent ! » jubile mon père, le chapeau détrempé aux bords rabattus. « Allez viens, on retourne. On en a assez ! » Alors que nous regagnions la maison, nous franchissons le jardin via une friche. Stupeur ! « Regarde Papa ! » Entre mes petits doigts, je tiens un spécimen deux fois plus gros et ourlé de beige. Il exulte : « incroyable ! » En cherchant bien, nous réussissons à en trouver deux autres. « Tu te souviens que j’avais trouvé quelques escargots de Bourgogne pendant les vacances et bien je les avais relâchés ici ! Et bien ça, c’est leurs enfants avec les petits gris d’ici ! »

A peine arrivé, je raconte le croisement improbable à ma mère qui compte nous bien préparer, dans les prochains jours, sa recette d’escargots à la charentaise.  Pendant ce temps mon père installe dans des pots de fleurs retournés sa récolte pour les faire jeûner. Ensuite, il sera temps de les faire baver dans une eau vinaigrée. Je ne me régale pas du tout à l’avance ou à peine de la sauce. Le seul plaisir qui me sera accordé est celui de jouer avec les pics.

vivier-poisson
Vivier à poisson et escargots

 

29 réflexions sur « Cueillette d’escargots »

  1. Ca me rappelle « à l’aigue au sau, les limaçons »
    et :
    escargot mirolo
    montre moi tes cornes
    si tu me les montres pas
    j’te met la tête en bas ….

    A chacun ses souvenirs d’enfance 😀 Mais c’est sûr que gibulène le petit escargot se sent concernée 😀

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  2. Je n’ai jamais été un ‘fan’ des gastéropodes mais ton texte me fait pourtant ‘saliver’… non je n’ai pas dit ‘baver’!
    Je viens d’un pays où l’escargot ne fait pas partie de la culture gastronomique populaire. Dans mon enfance on nous disait que ce mets est plutôt réservés aux snobs et aux riches. JE ME SOUVIENS pourtant d’en avoir dégusté dans de bons restaurants!
    Merci Christophe pour tes textes. Avec mes salutations « gastérogastronomiques »…

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    1. Merci. Je n’ai jamais pu avaler une assiettée de ce petit animal à cornes. Etonnamment toute la famille en raffolait. Dans notre région ce plat est plutôt populaire, tout comme les grenouilles qu’on pêchait dans les marres.

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  3. Dans mon petit pays, entre Béarn et Bigorre, depuis peu, las d’être cueillis (notamment par la maréchaussée), ils se déplacent sur les routes en longues files indiennes. Nul ne connaît la nature de la ligne blanche tracée au sol que jamais ils ne dépassent, et seuls les hérissons qui traversent ces fameuses routes en sont victimes. Bon sang, que les temps ont changé ! 😉🐌

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  4. Super souvenir que celui de la ‘chasse aux escargots’! Et tu racontes ça si bien! On s’y croirait!
    Ma grand-mère en élevait quelques uns sous un grand cadre grillagé; nous les mangions avec le classique beurre d’escargots (ail et persil).
    Après les pluies, j’allais dans le ‘petit bois’ de mes grand-parents pour y chercher des petits escargots (crème ou rayé marron et crème). Je jouais avec eux, leur faisant faire des courses, espérant qu’ils ‘perçoivent’ mon idée de jeu! Ce qui n’était pas vraiment évident… Mais ton histoire a ravivé ce souvenir d’enfant chez moi…
    Merci et belle journée de premier mai avec ou sans escargots.

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    1. Merci Colette. Je t’avoue que moi aussi, je jouai avec, leur offrant des cabanes improvisées avec de grosses boîtes d’allumettes. J’aimais regarder leur petits yeux au bout de leurs cornes et les voir se recroqueviller.
      Bonne fin de semaine.

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  5. Dans l’Oise chez ma grand-mère nous avions le même rituel mais nous ne trouvions que des gros escargots dans le parc du château, bizarre ils étaient souvent sur les troncs d’arbres.
    Des alpinistes peut-être !
    Entre ça et faire des pissenlits pour les lapins nous avions de l’occupation.
    bon 1er mai.

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    1. Merci. Et oui ! Je m’en souviens, j’ai ramassé de l’herbe pour les lapins sur les talus herbeux, avec ancien un sac de pommes de terre. En automne, après les récolte de maïs on récupérait ceux que les machines avait oublié (avec le consentement de l’agriculteur).

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  6. beau souvenir
    nous après la pluie c’était la chasse aux vers pour la pêche
    et si on en avaient trop on les abandonnaient dans une fosse pleine de feuilles mortes en décomposition
    une sorte de festin ou paradis pour eux

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  7. Avec mes grands parents nous chassions aussi les escargots mais la phase suivante, où on les faisait dégorger, m’avait définitivement écoeurée 🙂 Merci de ressusciter tous ces souvenirs cocasses et pittoresques !

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  8. snif … moi je me souviens qu’un jour j’avais attrapé des escargots dans le jardin sous la pluie et je les ai entrés à l’intérieur de la maison pour jouer avec … quand mon père m’a vu, il m’a dit de les remettre dehors car ils aiment la pluie… j’ai obéi à mon père, mais en les plaçant dans une grande boite en plastique, pour les retrouver et jouer avec eux plus tard … lorsque la pluie s’est arrêté, je suis sorti et les ai bien retrouvés, toujours dans la boîte … mais … noyés :((

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