Coppélia, la tortue !

Je me promène dans une jardinerie, les cris des perruches m’attirent vers l’animalerie.

Ça me revient…

Ce matin, mon frère et moi accompagnons notre père chez le marchand d’articles de pêche et de chasse. Il achète ses traditionnels asticots, bien frais pour notre partie de pêche à la ligne du dimanche après-midi. Nous, les enfants, sommes attirés dans le fond du magasin. « Oh regarde ! » Nous nous accroupissons derrière un enclos grillagé. « Comme elle est rigolote ! » « Oh ouais, trop bien ! » Mon père, la boîte d’appas à la main, nous ordonne : « allez on y va ! » « Attend un peu, on peut caresser la tortue ! » Le marchand, fin vendeur, nous attrape le petit animal, si trognon. Mon frère câlinant la bête mignonnette supplie : « Papa, est-ce que tu peux nous l’acheter ? » « Repose ça tout de suite ! Ça ne va pas la tête, pis quoi encore : un serpent ! » « S’te plaît Papa. » « Pas question ! Montez dans la voiture. » Mon aîné étant bien décidé à obtenir sa tortue déclare avec fermeté : « Papa, si je passe en CM2, tu m’offres la tortue ? » Ravi, il se retourne en espérant peut-être que son bambin oublierait d’ici là : « alors là, je te le promets ! » Je regarde mon frère : « t’es sûre de toi ! »

Début juin, le verdict tombe : « passe en CM2 ». Mon frère n’a pas oublié et Papa respecte sa parole.

Il vient nous chercher à l’école. Ça sent la surprise ! Il sourit à mon frère : « T’as quelque chose qui t’attend au salon ! » Le futur CM2 se rue sur la boîte. Nous découvrons, au fond du carton, la petite tortue de terre (dite Hermann). « Il faut lui trouver un prénom ! » » C’est un garçon ou une fille ? » Impossible à savoir, à la maison, pas de spécialiste. Mon frère, le ton sérieux, souligne : « Comme on dit une tortue, c’est féminin, alors elle portera un nom de fille ! » Nous dressons une liste sur une feuille à grands carreaux coupée en deux. Rien de bien ! Que les prénoms de fille de l’école. Nous avons évité les prénoms des grand-mères, ça fâcherait. Mon frère s’écrit : « Coppélia ! » Depuis plusieurs mois, notre tante répétait, dans la salle à manger, les pas de son spectacle de danse classique sur cet air. Ça marque !

À table, mon frère nous pose une devinette : « vous savez jusqu’à quel âge ça peut vivre une tortue ? » « Comme un poisson, répond Papa, enfin pas longtemps ! » « Non, ça vit 50 ans. » « Quoi ! », s’étouffe Maman n’en revenant pas et s’imaginant vieille avec la tortue toujours à ses côtés. Je remarque : « en même temps, ça se comprend, on dirait qu’elle est née vieille et toute ridée ! »

Avec son faux air de dinosaure, Coppélia est un compagnon de jeu parfait ( quand elle veut bien sortir de sa carapace noir et or ). Un chevalier en armure la chevauche. Ensemble, ils avancent et renversent ma vaillante armée de soldats en plastiques. Plaisir de courte durée, mon frère me la confisque : « c’est pas un jouet ! » Le soir, enfoncé confortablement dans les coussins du canapé, il regarde la télé et caresse  son animal domestique caparaçonné sur ses genoux. Jaloux, je lui reproche : « c’est pas un chat ! » « T’as qu’à passer en CM2 ! »

Allongé sur la pelouse, immobile, il passe des heures à la regarder, détaille ses écailles. Bizarrement, elle aussi le scrute avec ses petits yeux noirs pleins de mélancolie.

En rentrant de l’école, mon frère prend l’habitude de lui donner une feuille de salade, mais s’il oublie, elle se manifeste.  Avec sa gueule dure comme un bec d’oiseau, elle lui pince les talons de ses baskets. Chacun son goûter, pas de jaloux !

Coppélia est gourmande, elle adore les fleurs de trèfle, mine de rien, elle est plus rapide que l’on croit. Elle fugue jusqu’au fond du jardin. Maman rouspète, le terrible reptile croque les salades au passage. Mais, Pépé a une idée ! À l’aide de son canif, il troue la carapace. Il y enfile une chaînette en acier et l’entrave sur la pelouse comme une vulgaire chèvre, à la manière de M. Seguin.

À la belle saison, notre grand-père drogue, avec un désherbant puissant, les allées rongées par les trèfles et les pissenlits ainsi que le pourtour de la pelouse. Aussi, Coppélia ne distingue pas le terrible poison. Le lendemain matin, elle reste recroquevillée au fond de sa carapace. Mon frère comprend tout de suite, et communique à tous son chagrin. Les larmes accrochées aux cils, nous confectionnons une croix avec des brindilles et un bouquet de pâquerettes. Sous une motte de terre entourée de galets soigneusement disposés, la petite tortue repose au fond du jardin. « Coppélia – 1972« 

Disque vinyle Coppélia
Disque vinyle du ballet de Coppélia qui passait sur notre électrophone.
coppélia-tortue
Coppélia la tortue en vadrouille sur une allée gravillonnée.
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32 réflexions sur « Coppélia, la tortue ! »

  1. La pauvre , elle a eu une fin tragique, j’en ai 6 en tout de tortues, 4 dans le jardin dans un enclos.
    Deux qui sont nées au mois d’Août, et que je garde à l’intérieur pour tout l’hiver dans la maison, bien au chaud….
    C’est du travail, elles ne sont pas intelligentes comme un chien, mais je peux dire qu’elles aiment bien s’apprôcher de nos mains lorsqu’on leur apporte une feuille de salade ou autre friandise, pomme, endive, poire , dont elles sont très friandes….
    Bonne fin de journée….

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  2. idem, j’ai eu des tortues , ma mémé, en avait deux, je ne sais plus leur nom, mais elle avait mit de la peinture sur la carapace, pour les reconnaître, ma mémé décédée, c’est un de mes oncles qui a repris les tortues, elles ont encore vécues longtemps ! pourtant ma mémé est décédée à plus de 90 ans !

    sinon, enfant, j’eu une tortue, j’étais seule dans le jardin, comme d’hab ! je suis issue d’une fratrie de six enfants, mais je suis l’erreur d’un moment de calinoux, du coup j’ai eu un écart d’age avec ma fratrie, qui avait autres choses à faire que s’amuser avec une petite soeur.

    donc j’adorai observer seule par ex les fourmis, regarder les papillons, et je parlai même aux arbres !!!! franchement je m’occupai comme je le pouvais, je n’étais pas triste , c’était comme cela,

    et donc il y avait la tortue,!

    je la regardai, et ……….. je la vois creuser un trou ! oui c’est vrai, la vérité vraie, et je l’a vois pondre des oeufs!!!!

    cette tortue je crois que c’est un oncle qui nous l’avait ramené de je ne sais où je me souviens plus, toujours est il que j’ai couru vite appeler ma mère, qui repassait le linge, et lorsqu’elle repassait fallait pas la déranger

    !!!! « maman maman ! »

    « quoi encore ! « a t’elle pû dire » (je me souviens plus trop, mais je sais que ses sourcils étaient en circonflexes ! )

    « maman, la tortue pond des oeufs ! »

    « arretes tes anneries, c’est pas possible,

    pfff je sais plus les dialogues, mais elle était en colère, et finalement, malgré mes supplications, elle est venue, et elle a vu !!!!!!!!!!!!! du coup on a pas osé l’oter du trou , ma mère a dû penser qu’il fallait laisser ainsi et pas déranger la tortue !

    pffff, je me souviens pas de la suite, pffff si cela se trouve on aurait pû avoir des bébés, en mettant les oeufs au chaud dans la maison ! cela m’enerve encore,

    elle aurait pû se renseigner au véto grrrrr

    j’ai toujours regretté cette histoire

    le fait de ne pas m’avoir cru, et le fait finalement, de n’avoir rien fait de plus,

    et puis j’avais quoi dix ans peut être, j’ai pas pensé non plus, j’écoutai les parents,

    du coup quand j’ai vu ton billet tortue, cela m’a appuyé sur le bouton souvenir,

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  3. quels que soient les animaux que nous « adoptons » leur départ nous peine de la même manière. Ma tortue s’appelait titi c’était une petite tortue d’eau. Elle n’a vécu que quelques mois mais venait en surface quand je l’appelais et aimait qu’on lui gratouille le cou. Il y a eu onésime la souris blanche, qui faisait la gueule quand on revenait du week end, il y a eu pirouette le hamster qui triait ses aliments et les entreposait par genre dans divers endroits, et il y a eu ma skippy, petite lapine avec laquelle j’ai beaucoup partagé….. presque un chat. Maintenant, et depuis 10 ans, il y a Ehouarn, mon chat British, et de fait c’est moi qui vis chez lui 😀 Merci de ce touchant souvenir

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  4. Quelle triste fin, j’ai connue une tortue qui était endormie dans des hautes herbes au soleil et qui malheureusement a été percée par une bêche, elle ne s’en ai pas remise non plus.
    Elle est très bien écrite ton histoire, ça me rappelle que chez nous c’était un vélo contre le certificat d’études primaires. J’ai eu le vélo !
    bonne journée.

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  5. Joli souvenir rempli de tendresse et de tristesse. Pauvre Coppelia…
    J’aime ta façon de raconter, pas simplement factuelle, mais tu y ajoutes des sentiments et des émotions. C’est vivant, on est presque là, dans l’histoire!
    J’aimerais avoir une tortue dans mon jardin! Mais j’y ai renoncé parce que j’ai 2 chiens et j’ai peur qu’ils ‘jouent’ avec ce qu’il prendraient pour un caillou…

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  6. Pas grand chose à voir avec ton texte, je j’apprécie beaucoup, sinon qu’il est question aussi d’une Coppélia :

    Les poètes proclament le vrai,
    ils pourraient être dictateurs
    et sans doute aussi prophètes,
    pourquoi devons-nous les écraser
    contre un mur incandescent ?
    Et pourtant les poètes sont inoffensifs,

    L’algèbre douce de notre destin.
                 Ils ont un corps pour tous
                 et une mémoire universelle,
                 pourquoi devons-nous les arracher
                 comme on déracine l’herbe impure ?

    Nous avons nos nuits insomniaques,
    les mille calamiteuses ruines
    et la pâleur des extases du soir,
    nous avons des poupées de feu
    comme Coppélia
    et nous avons des êtres turgescents de mal
    qui nous infectent le cœur et les reins
    parce que nous ne nous rendons pas…

    Laissons-les à leur langage, l’exemple
    de leur vivre nu
    nous soutiendra jusqu’à la fin du monde
    quand ils prendront les trompettes
    et joueront pour nous.

    La Terra Santa de Alda Merini

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  7. mon père pêche à la ligne et enfants, mon frère et moi l’accompagnions le dimanche après-midi… et nous allions aussi avec lui chez le marchand d’articles de pêche… par contre pas de tortue chez nous… il y en avait une… ans le jardin des voisins 😉

    Repose en paix Coppélia !!

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  8. le problème est que les tortues s’enterrent dans les jardins pour l’hiver, et on ne sait pas trop à quel endroit elle hiberne , et il arrive, qu’au début du printemps, le jardinier en blesse une avec sa bêche , c’est ce qui nous est malheureusement déja arrivé …
    Une grande et belle tortue est déja venue se promener dans notre jardinet aussi , il a fallu aller la rapporter à son propriétaire , un voisin qui était bien content de la récupérer , mais elle est revenue plusieurs fois de suite.
    bon mois de Février à toi !

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